NICOLAS MOMEIN

Objet Naphtaline et Dallage opus chaumière
Pares brises redimensionnés et assemblés en dallage opus chaumière
Objets et serviettes éponge, dimensions variables. vue exposition Sacré géranium galerie white project
Courtesy de l'artiste et galerie White Project.

Hors séries pressés avec Corrine en deux après midi au laboratoire Provendi
Savons, dimensions variables, 201
Courtesy de l'artiste et galerie White Project

 

Hors séries pressés avec Corrine en deux après midi au laboratoire Provendi
Savons, dimensions variables, 2013 vue exposition Sacré géranium galerie white project
Courtesy de l'artiste et galerie White Project

L’objet de Nicolas Momein
Christophe Kihm

"Parmi les anecdotes dont l’histoire de l’art est friande, celle qui raconte la rencontre entre Oskar Fischinger, en exil de l’Allemagne nazie et John Cage, alors tout jeune compositeur encore en recherche de l’orientation générale de son travail, figure en bonne place. Elle se situe dans les coulisses des studios Walt Disney, en 1938, où Fischinger travaillait alors et se résume en un échange bref, mais décisif, entre les deux hommes, qui tient dans une formule de Fischinger à l’adresse de son cadet : il faut révéler l’âme des objets.
Il se pourrait bien, selon nous, que Nicolas Momein ait entendu un lointain écho de ce conseil, et qu’il en ait pris compte, en le rejouant non pas sur le plan sonore, mais en l’appliquant, en sculpteur, aux objets eux-mêmes, et de façon très personnelle. Mais qu’est-ce que « l’âme des objets » ? Et comment comprendre cet impératif au sein du cadre d’expérience ouvert par le travail de ce jeune artiste ? On peut, arbitrairement, distinguer deux lignes distinctes à partir de ce mot d’ordre, en écartant d’emblée tout transcendantalisme : la première reconnait en l’âme le principe immanent, la vie intérieure qui anime chaque objet. La seconde, plus technique et plus matérialiste, mais aussi plus circonstanciée, prend l’exemple de la lutherie où l’âme est ce qui désigne, pour la fabrication des instruments à corde  – le violon, le violoncelle, l’alto, la contrebasse – cette petite pièce de bois, centrale, qui met en tension les différentes parties de l’instrument et permet à la vibration de prendre corps. À partir de cette seconde acception peut se déduire une pratique au sein de laquelle on cherche plutôt à placer une âme dans les objets, afin de les révéler à eux mêmes. Il faut alors retrouver le geste de l’artisan qui, à partir de cette petite pièce ouvragée, leur accorde une puissance et un éclat nouveaux.
Nous y voilà. Ajoutons un second élément à cette hypothèse : selon la ligne de travail retenue par Nicolas Momein, il se pourrait bien que les objets, en premier lieu, soient considérés comme des instruments dont le potentiel doive être exploité et que l’activité de sculpteur participe de la création, en cela, d’une sorte d’organologie. Cette dernière se déploie à partir de l’étude d’objets triviaux et fonctionnels – du matériel agricole pour ferrer des vaches à la pantoufle de type charentaise (également répandue dans les campagnes), des savons utilisés dans les écoles aux pare-brise de voitures, des serviettes de bain en coton aux canapés de salons – et se développe à travers différentes étapes et protocoles de travail. Tout d’abord le repérage d’objets, qui implique conjointement un repérage de gestes et donc de techniques. Car ce sont les techniques qui donnent forme aux objets, à travers l’incorporation de gestes, l’utilisation de machines et l’observance de méthodes de travail. Cette étude embarque donc avec elle une dimension anthropologique, mais elle associe encore l’observation à l’apprentissage, car il faut à l’artiste comprendre et reprendre ces gestes, réutiliser ces machines, collaborer avec des ouvriers ou des artisans, bref se mettre dans la position de faire et de refaire pour continuer ces techniques au risque de les augmenter. Ce qui pouvait apparaître comme une anthropologie participative se mue, dès lors, en une organologie singulière, où viennent s’inscrire toutes les propositions d’objets produites par Nicolas Momein. Car à partir de l’apprentissage et avec les modifications apportées aux processus de réalisation, qui peuvent s’accompagner d’un changement d’échelle, d’une redisposition, d’un nouveau façonnage, de l’ajout de nouvelles contraintes ou de nouvelles règles de fabrication, les objets s’instrumentalisent. En tant qu’instrument, l’objet fonctionnel perd son utilité première, mais il ne perd ni la technique, ni le geste qui le produisent. En s’instrumentalisant, l’objet s’ouvre à de nouvelles formes, que l’on pourra bien appeler, si l’on veut, « sculptures » ou « œuvres d’art », bien que dans ce déplacement ne réside pas l’enjeu de cette pratique. Nicolas Momein accorde des résonnances nouvelles aux objets, il les munit d’une âme, en prenant le relais de gestes et de techniques, dans la transmission de savoirs et de savoir-faire artisanaux et parfois archaïques. Une vie nouvelle les anime, en tant qu’objets. On produit donc l’âme des objets par leur mise en expérience dans des cadres nouveaux. En cela, le travail de Nicolas Momein accorde bien un écho à la compréhension – sous couvert de vérité de l’anecdote – que John Cage eut de la suggestion de Oskar Fischinger, et c’est dans la même jubilation et dans la même malice que se déploie son œuvre"    

 

 

Edicules lainés
Bois, nergalto, Laine de roche,
dimensions variables, vue de l'exposition iac villeurnanne jusqu'au 10 novembre 2013
Courtesy de l'artiste et galerie White Project

Edicules lainés
Bois, nergalto, Laine de roche,
dimensions variables, vue de l'exposition CAC GENÈVE jusqu'au 15 janvier 2014
Courtesy de l'artiste et galerie White Project

 

 

 

 

 

sélection de sculptures courtesy de l'artiste et galerie white project


INCOMPLETE CLOSED CUBE, aLIBORON L'A DIGÉRÉ, BLOCS DE SEL, DIMENSIONS VARIABLEs

courtesy de l'artiste et galerie white project

 

LES SCULPTURES DE Nicolas Momein se nourrissent des matériaux les plus divers. Elles mobilisent des gestes et des connaissances hétérogènes qu'il acquiert de manière empirique; Son intérêt se porte vers différentes pratiques, celles que l'on retrouve chez les artisans, les ouvriers ou les agriculteurs à travers leurs techniques et leurs formes d'inventions. C'est par l'intermédiaire des objets visés que des relations s'établissent avec ces spécialistes. Il adopte alors des situations d'apprentissage où le b.a-b.a et la répétition sont des conditions essontielles à l'apparition de ses sculptures pour mieux comprendre un geste, l'assimile, et pouvoir, parfois, le coupler à un autre. Ces situations l'aménent à développer une économie de travail collaborative vers une production qui s'appuie sur des procédés et des matériaux transmis dans la chaîne de fabrication. Par un déplacement de la forme usuelle de ces matériaux et de ces gestes, il essaie de mettre en jeu une certaine rivalité entre la dimension fonctionnelle et la valeur sculpturale des objets sans jamais décider laquelle des deux domine.
Les connaissances qu'il manipule dessinent alors des circuits de désirs mélangeant différents langages sur lesquels des formes intermédiaires, au design comme flouté se précisent.

Nicolas MOMEIN, né en 1980 est diplômé de l'ESAD (école supérieure d'art et de design de Saint-Etienne) en 2011 et de la HEAD Genève (Haute École d'Art et de Design) en 2012. Il vit et travaille à Saint-Etienne et à Genève. En résidence à Noisy-le-Sec 2013 - 2014.

BIOGRAPHIE

+ d'infos